Car Wash

25/09/2014 17:42

Car Wash

Un rien paresseux pour certaines choses, il m’arrive de confier le nettoyage de ma voiture à des professionnels.  Je me dis que ma paresse fait tourner l’économie ; de quoi très vite dépasser la pointe de culpabilité qui oserait montrer le bout de son nez.  Une connaissance frappée du même syndrome que moi, me déclare toute fière qu’elle connaît un super car wash bien moins cher que la moyenne.  Effectivement, les prix affichés sont alléchants.  Près de 25 % moins cher que mon dealer de paresse habituel.

Très heureux de cette découverte, je plonge dans la mousse.  Mais un vieux réflexe socio-économique critique s’empare soudain de mes neurones grisés par l’ivresse du gain.  Comment font-ils pour proposer un lavage complet, extérieur et intérieur, à ce prix-là.  Sont-ils des missionnaires travaillant à prix coûtant pour la cause des voitures propres en rue ?  Ont-ils trouvé le processus miracle battant tous les records de productivité ?  Les autres ne sont-ils tous que d’abominables capitalistes profitant des addictions à la paresse en faisant payer le prix fort à ceux qui en souffrent ?

Le réflexe passe à la curiosité et puis à l’observation attentive.  Les locaux sont vétustes, très vétustes, et peu aérés.  Le travail se fait à la main par six personnes avec des protections rudimentaires.  Le travailleur qui shampouine la voiture ne porte pas de gants de protection et plonge ses mains en permanence dans une eau saturée de détergent à l’odeur forte.  Ses vêtements sont humides, trempés, le sol est mouillé et il porte des baskets en tissu.  Seul un ouvrier sur six porte des bottes isolantes.  Aucun n’a de gants.  Les cadences sont élevées et les gestes tellement peu ergonomiques.  Une partie importante du temps se passe le dos courbé.  Certains sont jeunes, très jeunes et n’ont pas d’expérience.  Les plus expérimentés leur donnent rapidement quelques instructions sans trop de ménagement.  .   Il n’y a pas de zone spécifique ; tous se meuvent dans cette atmosphère à la fois froide et humide.  Les risques chimiques et biologiques sont majeurs.  Pas de zone de repos.  Un des hommes mange un durum debout  à deux mètres de ses collègues qui travaillent aux voitures.  En hiver, pas de lieu pour se réchauffer.  Un « manager » observe tout cela et contraste par sa tenue.  Il est assis et se contente de regarder le processus sans implication. 

Tous sans exception sont immigrés.  Je ne sais pas avec quel degré de légalité, ni avec quelles conditions de vie.  Ils sont polis, aimables et réactifs aux remerciements.

J’ai économisé environ 25 % du prix habituel de mon car wash soigné.  Je sais maintenant d’où ils proviennent.  Les autres 25 % d’économie probables sont sans doute passés dans la poche du propriétaire.  Ce dernier a en effet réussi à économiser bien plus que 25 %.  Sa recette est simple : main d’œuvre sous qualifiée et sous payée, pas de formation initiale ou permanente, pas d’équipement de sécurité, pas de protection chimique ou biologique, pas d’analyse des risques dans aucun domaine de la santé au travail, peu ou pas de couverture sociale.  Les clients sont contents. J’ai honte.

Pascal DENHAERINCK

Précédent

Contact

J'y pense
Avenue konrad Adenauer 8
1200 Bruxelles

+32495167130

© 2014 Tous droits réservés.

Créer un site internet gratuitWebnode