Flexibilité du travail : imposer n'est pas jouer
10/04/2016 19:57
Notre gouvernement vient de décider d'assouplir la sacro-sainte règle des 38 heures semaines. A en croire les uns, il s'agit d'une régression d'un bon demi-siècle dans l'histoire des avancées sociales. Si l'on s'en tient aux autres, il est enfin possible de tenir compte des impératifs de la production tout en facilitant la vie du travailleur qui peut bénéficier de temps de récupération cumulés.
Il faudra cette fois attendre les modalités d'application pour savoir s'il s'agit d'une bonne ou d'une mauvaise chose. A priori, l'idée qu'un travailleur puisse moduler son temps de travail en fonction de ses contraintes personnelles est plutôt séduisante. Nous sommes déjà nombreux à travailler plus de 45 heures par semaine sans forcément vivre une fatigue excessive à court terme. Par contre, l'application du principe pourrait rapidement devenir un cauchemar si l'employeur décide seul des périodes où il exigera un sur-travail. L'impératif économique devenant alors le principal critère.
L'idée de la flexibilité des horaires n'est pas en soi contradictoire avec le bien-être au travail, loin de là. Par contre, la notion de temps "subi" a un effet majeur sur la charge psycho-sociale. Si un travailleur devait se voir imposer un allongement significatif de son temps de travail (cela peut aller jusqu'à 20 % quand-même) à un moment où il est déjà sous contrainte dans sa vie privée, cela rendrait inévitablement caduque tout équilibre personnel. Il y a fort à parier que le gain de production escompté ne disparaisse à nouveau dans le gouffre de l'incapacité de travail avec les conséquences négatives que l'on connaît tant pour l'entreprise que pour le travailleur.
Il faut par ailleurs être conscient que la mesure peut s'avérer particulièrement inéquitable. En effet, flexibilité du travail signifie par définition flexibilité de la vie privée. Les deux univers sont des vases communiquant. Or, qui peut se permettre cette flexibilité dans sa vie privée ? Les célibataires (pas tous), les travailleurs bénéficiant de l'appui d'un conjoint disponible (avec le déséquilibre hommes/femmes que nous connaissons dans ce domaine), les couples qui ont le soutien de leurs familles (vive les grands-parents) ou encore, les travailleurs aux revenus confortables qui peuvent s'offrir les services des crèches aux horaires flexibles ou de gardes d'enfants privées. Bref, si vous êtes seul(e)s avec des enfants et que vous gagnez moins de 3000 euros brut par mois (la majorité des Belges), bon courage.
La non-imposition de la mesure aux travailleurs sera donc un élément clé de son efficacité et de son équité.
Je suggère aux organisations syndicales de ne pas s'opposer par principe à la flexibilité mais de rester intransigeantes sur son caractère volontaire. Les employeurs intelligents auront de toute manière compris l'intérêt de dialoguer.
Quel bel avenir pour les ressources humaines !
Pascal DENHAERINKC